Lundi 15 novembre 2010 1 15 /11 /Nov /2010 20:48

Exaspérée une fois de plus par une affreuse pimbêche qui téléphonait dans le métro à quelques centimètres de mon oreille, je me suis rappelée de mon prof de latin à la fac. Lui qui à l'époque me paraissait poussiéreux et arriéré, m'est apparu tel le génie de l'air du temps, le guerrier des temps modernes pourfendant de sa verve affûtée la vulgarité de notre époque.

 

Au début des partiels, il écrivait au tableau : "Merci d'éteindre vos portables" puis, avec un air mutin dont la fraîcheur était sublimée par les verts canard et les cacas d'oie de sa parure, il ajoutait "insu" devant "portables".

Cette devise aurait du être gravée au fronton de chaque station de métro pour contrer l'armée de téléphoneurs des transports.

 

Le plus énervant c'est que généralement les téléphoneurs téléphonent uniquement pour occuper le temps et non pour transmettre et recevoir de l'information. Le téléphone fait office de colmateur de brèche, de dévacuiteur, de fosse sceptique de l'ennui.

Parfois il y a même des combos : la femme devant : coup de fil pro, la personne à côté : coup de fil perso et derrière l'ado qui ne connaît pas la touche "désactiver le bip touche". Le "bip touche" c'est clair pourtant ! Et là, entre-eux, mon cerveau qui fait du pop-corn car j'ai mis au max mon I***.

 

J'adore aussi les gens qui téléphonent dans le métro qui est, je le rappelle, un endroit très bruyant, et dont la conversation se fait invariablement comme suit :

" Allo ? [...] Ouais c'est Pimbêche-qui-téléphone... BIIIIIIIIIPSTRIDENTDUMETROQUIDITQU'ILFAUTMONTER... Bien ou bien ? [...] VOUOUOUOUODUMETROQUIPRENDD'LAVITESSE... Allo, allO, alLO, aLLO, ALLO, TU M'ENTENDS ?..."

Ben oui connasse, elle t'entend à part si elle est aussi dans le métro, et moi aussi je t'entend alors tu ouvriras ton claquemerde quand tu auras compris que quand y a du bruit autour de toi tu ne peux pas entendre mais au bout du tuyau on t'entend et quand tu n'entends pas, si tu cries tu n'entendras pas plus fort la personne au bout du fil et c'est même d'ailleurs l'inverse qui se produit en général car c'est toi qui cries...

 

Bref, je m'égare. C'est avec une pensée émue que j'évoquerai désormais ce souvenir d'étudiante, à chaque fois que je croiserai un téléphoneur des transports et je me verrai emportée par mon prof de latin, arrivé sur son rocking-chair volant, m'enrouler dans son plaid kaki qui sent la pipe et me glisser, dans un souffle parfumé au munster : Roule-moi dans la moutarde tel le nain de Caligalu...

 

Par CF - Publié dans : Transports et déplacements en milieu urbain
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