Mardi 10 mai 2011 2 10 /05 /Mai /2011 13:55

Tous les matins je vois, dans le bus qui me mène vers mon merveilleux travail, un couple qui se bécote.

Ces transports bien communs m'insupportent. Ce n'est pas que j'ai quelque chose contre l'amour (quoique...) mais c'est comme la défécation - je prends cet exemple absolument au hasard et je le dédie à Mathurin - on est tous ravi que ça existe, mais cela doit rester dans la sphère privée.

 

Bon j'arrête de parler comme une vielle réac' pudibonde. En fait c'est ce couple en particulier qui m'agace. Tous les deux la quarantaine, on voit qu'ils se sont rencontré il y a peu et sûrement sur Internet et ça sent déjà le roussi.

Je m'explique : ils ne se lâchent pas, jamais ! Enfin Monsieur ne lâche pas sa dame et c'est ça qui m'énerve : sur le trottoir en attendant le bus, il la tient par la taille, quand elle monte dans le bus, il la pousse légèrement à l'aide de la main qui est posée sur le dos de la bien-aimée - et hop ! petit love-levier - et il laissera sa main la guider jusqu'à la place conjugale que dans la mutualisation de leur amour partagé et éternel ils se sont attribué (la privatisation des transports communs est en cours), puis il l'aide à s'asseoir.

Mon calvaire commence ici : chuchotis, chuchotas, gloussements et messes basses. Et il sont à deux doigts de l'accouplement, accrochés l'un à l'autre comme deux ados de 17 ans. La moule sur son rocher, baveusement amoureuse... c'est dégoûtant.

Arrivés à destination c'est rebelotte, repelotte, une main en coupe cimente un couple. Tel le chien d'aveugle qui guide sa maîtresse, tel le déambulateur qui soutient la vieillesse, tel le chaperon qui surveille la princesse, l'homme, dévoué protecteur, en réalité ouvre la voie à sa récente acquisition, marque son territoire (a-t'on déjà vu un chien d'aveugle pisser sur sa protégée ?).

Et dans l'histoire de ce couple qui, malgré les efforts constants qu'il fait pour jeter à la gueule de tous le fait qu'ils s'aiment, j'en suis certaine bat de l'aile, j'attends le moment où la dinde va étendre ses ailes pour lâcher la farce et le dindon avec pour s'envoler vers d'autres horizons, d'autres colles et canidés.

 

Et moi, drôle d'oiseau, je reste là, esseulée à me poser les questions qui me harcèlent depuis tant d'années : eussé-je du avoir l'amour de l'amour ? Eussé-je du arrêter de voir en tout toute la nullité ? Eussé-je du n'avoir d'yeux que pour deux ?

 

Le lendemain la réponse me vint, évidente et salvatrice, au moment où je revis nos deux tourtereaux enlacés : si je ne me laisse pas entraîner dans les transports amoureux, je sais porter mon propre poids et je suis cependant mon transport et celui-là n'est pas commun.

 

P.S. : J'y ai peut-être bien une petite place mais l'usager sera prié de monter par l'avant du bus et de montrer son titre de transport au conducteur.

 

Par CF - Publié dans : Nulloramour
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